Peter GALLINELLI

INTERVIEW D’UN AVENTURIER AMOUREUX DU GRAND NORD

 

VOYAGES DANS LE GRAND NORD « ATTRACTION DES PÔLES OU GOÛT POUR L’EXTRÊME ? »

Aujourd’hui, nous recevons Peter Gallinelli, amoureux du grand nord depuis sa première expédition en 1985. Il s’attache à parcourir ces contrées, par ses propres moyens, lors de longs périples. Même si la découverte de nouveaux espaces est de l’histoire ancienne depuis longtemps, vous verrez que Peter possède cette soif de découverte propre aux explorateurs, à toujours vouloir voir plus loin. Interview d’un homme passionnant.

Bonjour Peter, merci de bien vouloir répondre à notre interview. Pouvez-vous vous présenter brièvement et surtout nous raconter ce qui vous a amené à devenir un explorateur de l’arctique ?

Né dans ce vaste pays très contrasté géographiquement qu’est l’Australie, je n’ai vu pour la première fois la neige qu’à l’âge de 5 ans. Ma mère a fait 400 kms pour que je puisse faire ma première boule de neige. Je me suis aperçu très vite de mon attirance pour l’exubérance des paysages de montagne et la neige. Créatif et avide de connaissances dès ma plus tendre enfance, j’étais poussé par un besoin d’aller au-delà de l’horizon et ne savais choisir entre devenir physicien ou capitaine au long cours. Finalement, je me suis orienté vers l’architecture, spécialisé dans les énergies renouvelables que je pratique aujourd’hui à l’hepia à Genève en qualité de chercheur et d’enseignant. Je suis arrivé dans notre région à l’âge de 16 ans, et très vite j’ai commencé à arpenter les montagnes du Jura. Aujourd’hui je ne suis jamais aussi bien dans ces paysages qu’avec mon sac à dos, dans la nature. Mes envies d’ailleurs, de découvertes du grand nord me sont venues en arpentant nos montagnes du Jura…le goût de la mer, lors des interminables voyages en paquebot entre l’Europe et l’Australie.

À l’âge de 25 ans, je décide d’accéder à de nouvelles aspirations… Ma première décision consiste à construire un bateau et m’offrir un voyage vers le nord de la Norvège au départ de Marseille, à trois avec ma femme et ma fille alors âgée d’un an. La réalité de ce que j’y découvre après avoir passé tout un hiver, tous les trois, dépasse mes rêves. Ce fût comme un déclic pour débuter ma série de voyages d’aventures vers le grand nord.

En 2003, je construis un plus grand bateau pour accueillir une famille grandissante, des amis et partir vers le Groenland.

En 2015 vous décidez de partir à 3 autour du cercle polaire à bord de votre nouveau voilier le Nanuq. Techniquement ce bateau…

Il correspond entièrement à ce que j’avais rêvé, pensé, prévu, dessiné. Embarquer du monde, se faire malme­ner, toucher des cailloux, résister aux froids extrêmes, dans la durée, le bateau a été conçu pour cela. Une somme de détails, le fruit de mon expé­rience passée et de mon métier.

 

Néanmoins ce bateau a certaines particularités…

Lors de la conception du bateau j‘ai privilégié l’autonomie et la simplicité car les distances sont longues entre les points de ravitaillement. Une timonerie bien isolée permet de barrer à l’abri des éléments et d’avoir un espace de vie agréable, même quand les conditions climatiques ne sont pas au beau fixe.

Mais au fait qu’elle est la signification du mot Nanuq ?

Nanuq signifie « Ours Blanc » en Groenlandais.

En juin 2014, le bateau quitte Echenevex, direction la Rochelle, puis la Norvège et la Suède pour y passer un hiver test. C’est en juin 2015 que commence le voyage vers le Groenland. Au départ nous étions une dizaine de personnes à bord. Durant ce convoyage de plus de 8000km à la voile, l’équipage changeait toutes les 2 semaines, au gré des escales. Arrivés en fin de saison dans la région du nord-ouest du Groenland, la région habitée la plus septentrionale du monde, tout le monde a débarqué sauf mon fils âgé de 14 ans, le fils d’un ami âgé de 20 ans et moi-même.

Comment avez-vous appréhendé cette hibernation pendant 10 mois dans le cercle polaire, sans internet, sans commodité que nous connaissons en Europe de l’ouest, avec 2 adolescents ?

Pour les deux jeunes l’adaptation fut dure au début. Nous devions relativiser, revoir nos habitudes et apprendre à faire avec ce que l’on a. Mais plus les moyens matériels sont limités, plus la créativité devient grande.

À quoi ressemble un jour d’expédition normal ?

Quand on se lève le matin il fait 0°C dans la cabine, car on va se coucher le soir en arrêtant tous les appareils pour économiser l’énergie. Mais grâce à l’isolation renforcée du bateau, un coup de chauffe fait vite monter la température à 15-20°C, ressentie comme très confortable quand il fait -35°C dehors. Ceci est quelque chose de très intéressant. Se mettre hors de sa zone de confort nous oblige à reconsidérer notre mode de vie.

Il faut aussi penser à se ravitailler en eau douce, Nous utilisions, en tout, 5 à 6 litres d’eau par jour et par personne, sans ressentir aucune restriction. Et dire qu’en Europe centrale la consommation est de 150 litres/jour/personne, cela fait réfléchir.

On pourrait en dire autant de la consommation électrique ; loin d’un réseau électrique, nous utilisions 30 fois moins qu’un ménage européen, malgré éclairage, ventilation, ordinateurs, instruments scientifiques, musique… bref un excellent niveau de confort.

La préparation de la nourriture prend du temps. On fabrique notre propre pain. Et puis il y a l’école, les projets scientifiques et enfin du temps pour l’exploration des environs ou encore la convivialité en équipage et avec nos amis groenlandais. Durant les 10 mois sur la banquise, pas un jour d’ennui !

Avez-vous vécu des péripéties, pouvez-vous nous raconter celle qui vous a le plus marqué et quelles leçons/conseils vous en avez tiré ?

Certes, nous avons vécu des situations périlleuses ; celle qui nous a marqué plus particulièrement était une tempête. Nous étions dans notre mouillage pour y passer l’hiver. Progressivement les vents soufflaient à 120-140 km/h, nuit noire, des rochers partout, impossibles à se localiser exactement, car les cartes sont inexistantes dans cette partie du monde. Nous avons dû tourner en rond pendant 24 h jusqu’à ce que la tempête se calme. Après la tempête, nous avons découvert le cairn, construit la semaine précédente, soufflé, envolé ! Ces moments nous remettent à notre véritable place, nous font prendre du recul. Il y a un avant et un après.

Est-ce que votre fils et son camarade sont prêts à repartir en expédition, avec vous ou tout seuls ?

À la base mon fils n’aurait pas dû rester pour toute la durée de l’expédition. Mais des circonstances climatiques particulières cette année-là ont fait qu’il n’a pas pu quitter le bateau pour rentrer en Europe comme prévu. Il est donc resté avec nous. Il est allé à l’école avec les enfants Groenlandais dans le minuscule village à une heure de marche à pied. Je lui ai prodigué des cours, l’ai initié à l’informatique, la thermique, les différents systèmes du bateau, la navigation, le tir … bref une fois rentré il a continué un cursus scolaire presque normal. Mais oui, il a attrapé le virus des expéditions polaires. Quant au jeune homme de 20 ans, le 3ème équipier, il a décidé de poursuivre des études pédagogiques pour apporter l’enseignement dans ces pays reculés du grand nord.

Vous êtes un explorateur chevronné, mais pour des personnes qui aimeraient commencer, qu’est-ce que vous recommanderiez comme zone à explorer en restant pas trop loin des sentiers battus ?

Tout simplement, les crêtes du Jura ; l’aventure commence devant la maison. On peut camper dans la neige l’hiver, y faire des igloos, s’y perdre, mais aussi admirer des paysages sublimes, une faune et une flore très variées. Tout cela est possible et accessible en n’oubliant une chose essentielle : respecter notre environnement, car nous sommes invités chez Dame Nature (la belle Réserve Naturelle et le Parc Naturel du Haut Jura). La démarche s’articule autour de 3 axes : optimisme, autosuffisance et laisser personnes et environnement, en meilleur état que celui dans lequel vous l’avez trouvé. (citation de John Ridgway)

À l’inverse, quelles sont les nouvelles zones d’exploration que vous envisagez à titre personnel ?

Ma nouvelle expédition va commencer en juillet 2018 et durera jusqu’à début septembre (rentrée scolaire oblige). Nous allons rejoindre le bateau qui est amarré en Islande, direction Spitzberg pour une circumnavigation de l’archipel, avant de redescendre sur la Norvège. Là nous allons observer la fonte des glaces, ramener des mesures pour le compte de différentes institutions en France, Suisse et Italie, mais aussi des échantillons d’eau arctique pour que des élèves de l’HEPIA puissent observer la présence de micro-plastiques dans les eaux de l’Arctique.

Financièrement comment cela se passe-t-il ?

Pas de projets payés, les financements se font rares. Par contre on nous propose du matériel pour les projets scientifiques et des équipements. Et puis comme je vous l’ai dit plus en amont, « On apprend à faire avec ce que l’on a, et on s’oblige à reconsidérer son mode de vie ! ».

Ces projets ne pourraient pas se réaliser sans l’enthousiasme et l’engagement de nombreuses personnes. En 2003, à l’occasion de la première expédition vers le Groenland, nous avons créé une association à but non-lucratif. Elle permet de fédérer des personnes motivées, leur propose de participer aux projets et d’embarquer dans l’aventure, là où tout seul rien n’est possible. Ne dit-on pas que l’union fait la force…

Plus d’info sur http://igloo.sailworks.net

Infos diffusées sur le panneau lumineux communal.

Qualité de l’air
excellente
mauvaise
Risques polliniques
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    fort
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    Orages
    faible
    élevé
    Qualité de l’eau

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